Techniques commerciales

SONCAS : repérer le vrai levier de décision de votre client

Caroline Ludwig · 2026-08-14
SONCAS : repérer le vrai levier de décision de votre client

Vous avez la fiche technique parfaite. Surface, exposition, travaux, prix au mètre carré. Le client hoche la tête, pose deux questions polies, et ne rappelle jamais. Ce n'est pas votre argumentaire qui a échoué. C'est la question que vous n'avez jamais posée : pourquoi ce client-là, précisément, veut-il acheter ?

La méthode SONCAS répond à cette question depuis plus de trente ans, dans l'automobile d'abord, puis dans à peu près tous les métiers de vente. En immobilier, elle reste sous-exploitée : la plupart des agents la connaissent de nom, l'ont vue passer en formation initiale, et ne l'appliquent jamais en visite. Résultat : ils vendent le bien qu'ils ont préparé, pas celui que le client est venu acheter.

Ce que SONCAS révèle que la fiche technique ne dit pas

SONCAS a été formalisée en 1993 par Jean-Denis Larradet, cadre commercial au GNFA (Groupement National pour la Formation Automobile), à partir d'un constat simple : deux clients devant le même bien ne l'achètent jamais pour la même raison. L'un cherche à sécuriser sa famille. L'autre cherche à se prouver quelque chose. Un troisième compte chaque euro. Un quatrième veut juste que ça se passe bien avec vous.

L'acronyme couvre six leviers de décision :

  • Sécurité : besoin de garanties, de solidité du dossier, de ne rien laisser au hasard
  • Orgueil : besoin de se distinguer, de faire un choix qui le valorise aux yeux des autres
  • Nouveauté : attirance pour ce qui change, ce qui sort du lot, ce qui n'existe pas encore chez les autres
  • Confort : besoin de simplicité, de fluidité, d'un parcours sans friction
  • Argent : sensibilité au prix, à la négociation, à la rentabilité de l'opération
  • Sympathie : décision portée par la relation avec vous, pas seulement par le bien

Trois d'entre eux sont rationnels (sécurité, confort, argent). Trois sont émotionnels (orgueil, nouveauté, sympathie). Un client justifie toujours sa décision avec le rationnel. Il la prend presque toujours avec l'émotionnel. C'est cet écart que la fiche technique ne couvre pas.

L'erreur que je vois revenir en salle depuis des années

Après douze ans de formation, il y a un pattern qui revient plus que les autres. Un agent construit tout son discours autour de la sécurité : la solidité du mandat, les garanties de financement, la peur du cambriolage justifiant tel système d'alarme, la tranquillité du quartier. Il fait ça avec un client qui, lui, cherche à se distinguer. Un bien qui sort de l'ordinaire, un choix que ses proches vont remarquer, une acquisition qui dit quelque chose de lui.

L'agent parle sécurité. Le client attend qu'on lui parle de lui, de ce que ce bien va révéler de sa réussite. Deux langues différentes dans la même pièce. Le client sourit, remercie, et signe ailleurs, chez quelqu'un qui aura simplement mis en valeur le bien et son futur propriétaire plutôt que d'énumérer des garanties dont il n'avait pas besoin d'être rassuré.

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Ce n'est jamais un problème de compétence technique. L'agent connaît son dossier, ses diagnostics, sa réglementation. Le problème, c'est qu'il n'a jamais posé la question qui aurait révélé le vrai levier : il a supposé que la sécurité rassure tout le monde, alors qu'elle n'en rassure qu'une partie, et qu'elle en ennuie franchement une autre.

Ce que la découverte client rate, en général

Ce n'est pas propre à l'exemple sécurité contre orgueil. C'est un défaut structurel que je constate depuis dix ans de salles de formation : la découverte client est quasi inexistante dans la pratique réelle. Les agents arrivent avec leurs biens, leurs arguments, leurs chiffres. Ils parlent. Ils présentent. Ils convainquent. Ils n'écoutent pas.

Un stagiaire, profil communicant et enthousiaste sur le terrain, perdait systématiquement ses clients les plus rigoureux sans comprendre pourquoi. Trop d'émotion dans son discours, pas assez de structure, pas assez de chiffres. Le déclic est venu quand il a compris que son client type ne voulait pas d'énergie positive. Il voulait de la précision. La même mécanique s'applique à SONCAS : parler confort à quelqu'un qui compte chaque euro, c'est le même malentendu que parler enthousiasme à quelqu'un qui veut des preuves.

La bonne nouvelle, c'est que le levier dominant d'un client se repère en trois questions, pas en trente minutes d'interrogatoire déguisé en conversation.

Repérer le levier dominant en trois questions de visite

La première question ouvre sur le pourquoi du projet, pas sur le quoi. Pas "vous cherchez combien de chambres", mais "qu'est-ce qui fait qu'aujourd'hui, précisément, vous vous mettez en recherche ?" La réponse trie déjà beaucoup : une naissance ou un divorce oriente souvent vers la sécurité ou le confort, une promotion ou un changement de statut oriente souvent vers l'orgueil ou la nouveauté.

La deuxième question porte sur le dernier point bloquant d'un projet précédent, s'il y en a eu un. Un client qui a fui une négociation parce que ça traînait révèle une sensibilité au confort ou à l'argent selon la raison exacte du blocage. Un client qui a fui parce que le bien "ne lui ressemblait pas" révèle de l'orgueil ou de la nouveauté.

La troisième question observe plutôt qu'elle n'interroge : sur quoi le client revient-il spontanément pendant la visite ? Celui qui reparle du système d'alarme et de la copropriété trois fois dans la même visite vous parle de sécurité sans le savoir. Celui qui prend une photo de la cuisine ouverte pour "montrer à ses amis" vous parle d'orgueil. Celui qui négocie le prix du parking avant même d'avoir vu le salon vous parle d'argent.

Ces trois questions ne remplacent pas l'écoute active. Elles la structurent : l'écoute active réelle, ce n'est pas écouter pour répondre, c'est écouter pour comprendre. Un client qui ne signe pas aujourd'hui peut signer dans trois mois si le suivi tient compte de ce qu'il a réellement montré, pas de ce que vous avez supposé.

Testez votre propre levier dominant

Avant de lire vos clients, un exercice utile : repérer votre propre levier. Il colore votre façon de vendre, souvent à votre insu, et il explique pourquoi certains profils de clients vous semblent "faciles" et d'autres "hermétiques".

Votre levier dominant identifie ce que vous mettez spontanément en avant. Voici ce qu'il vous fait bien faire — et ce qu'il vous fait manquer.

Majorité de S : Sécurité

Vous rassurez naturellement, mais vous risquez de sur-argumenter la sécurité même face à un client qui n'en a pas besoin. Consigne : sur votre prochaine visite, comptez combien de fois vous prononcez les mots "garantie", "sécurisé" ou "aucun risque". Si c'est plus de deux fois avec un client qui ne vous a rien demandé sur ce terrain, changez de levier en cours de route.

Majorité de O : Orgueil

Vous valorisez naturellement le bien et son propriétaire, mais vous risquez de perdre un client qui cherche avant tout à ne pas se faire avoir sur le prix ou sur les risques. Consigne : sur votre prochaine visite, posez une question sur le budget maximum avant de complimenter le choix du client. L'ordre compte.

Majorité de N : Nouveauté

Vous mettez naturellement en avant ce qui distingue un bien, mais un client sécurité ou confort peut percevoir cette originalité comme une source d'inquiétude plutôt que d'envie. Consigne : sur votre prochaine visite, demandez explicitement si le client cherche à sortir de l'ordinaire ou à retrouver un cadre familier avant de vanter l'atypique.

Majorité de C : Confort

Vous simplifiez naturellement le parcours du client, ce qui fonctionne pour la majorité, mais peut sembler fade à un client orgueil ou nouveauté en recherche de singularité. Consigne : sur votre prochaine visite, ajoutez une question sur ce que ce bien va "dire" du client à son entourage, même si ce n'est pas votre réflexe naturel.

Majorité de A : Argent

Vous argumentez naturellement sur le prix et la rentabilité, un terrain solide, mais un client sympathie ou sécurité peut se braquer si la discussion tombe sur l'argent trop tôt dans la relation. Consigne : sur votre prochaine visite, attendez la deuxième moitié de la visite avant d'aborder le prix, sauf si le client l'amène en premier.

Majorité de Y : Sympathie

Vous construisez naturellement la relation, un atout réel en négociation, mais vous risquez de sous-argumenter les points rationnels qu'un client sécurité ou argent attend explicitement. Consigne : sur votre prochaine visite, préparez à l'avance un chiffre ou une garantie précise à donner, même si le courant passe déjà bien.

Le levier n'est pas une case, c'est un point de départ

Un client n'a jamais un seul levier actif. Il en a un dominant, et un ou deux secondaires qui remontent selon le moment de la négociation. Le classer une fois pour toutes en début de visite serait aussi faux que de ne jamais le classer. La méthode sert à orienter l'écoute, pas à remplacer l'observation continue pendant tout le parcours d'achat.

C'est pour ça que je la travaille en formation à côté du profil de communication DISC, qu'on utilise souvent en parallèle. SONCAS répond à la question "pourquoi ce client achète". Le DISC répond à la question "comment lui parler pour qu'il vous entende". Un agent qui a identifié le bon levier mais qui le formule dans le mauvais style de communication perd quand même le client. Les deux se travaillent ensemble, pas l'un à la place de l'autre.

Questions fréquentes

SONCAS ou SONCASE, quelle différence ?

SONCASE ajoute un septième levier, l'environnement, apparu avec la montée des préoccupations écologiques dans la décision d'achat immobilier (performance énergétique, matériaux, empreinte carbone du chantier). En immobilier, ce levier recoupe souvent la sécurité (anticiper les futures normes DPE) ou l'argent (anticiper la facture énergétique), mais il mérite d'être suivi séparément si vous le voyez émerger chez un client.

Le test ci-dessus est-il fiable si je réponds vite ?

C'est même la condition pour qu'il le soit. Répondez avec la réaction que vous avez réellement, pas celle que vous savez être la plus vendeuse en théorie. Un temps de réflexion long fabrique une réponse raisonnée qui masque le réflexe qu'on cherche justement à repérer.

Peut-on appliquer SONCAS dès le premier appel, avant la visite ?

En partie. La première question sur le pourquoi du projet fonctionne très bien au téléphone et oriente déjà votre préparation de visite. Les deux autres (point bloquant précédent, observation en direct) demandent le contact physique avec le bien pour être fiables.

Caroline Ludwig est formatrice certifiée Qualiopi (organisme As de Caro Coaching, NDA 44 68 03 621 68), titulaire de la carte professionnelle CPI, avec 26 ans d'expérience terrain en transaction immobilière et 12 ans de formation professionnelle des agents immobiliers en Alsace/Grand Est.

Une dernière question à vous poser sur votre dernier dossier perdu : est-ce que le client a manqué d'informations, ou est-ce qu'il a manqué d'entendre parler de ce qui comptait vraiment pour lui ?

Voir la session DISC & Communication adaptée (Colmar)

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