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Audit DGCCRF 2026 : Êtes-vous réellement préparé ou simplement de bonne foi ?

Caroline · 2026-03-11 · 1 min de lecture
Audit DGCCRF 2026 : Êtes-vous réellement préparé ou simplement de bonne foi ?

Conformité · LCB-FT · Contrôle

Contrôle DGCCRF : êtes-vous réellement préparé, ou simplement de bonne foi ?

La DGCCRF ne vous reprochera pas d’avoir voulu blanchir de l’argent. Elle vous reprochera de n’avoir rien écrit, rien classé, rien prouvé. Et depuis le 26 avril 2026, elle a un motif de contrôle de plus.

Par Caroline Ludwig — formatrice en immobilier, organisme certifié Qualiopi. Article mis à jour en août 2026.

Il y a une phrase que j’entends dans presque toutes mes formations, dite avec beaucoup de sincérité : « De toute façon, moi, je n’ai rien à me reprocher. »

C’est probablement vrai. Et c’est également sans effet. Un contrôle LCB-FT ne mesure pas votre honnêteté : il mesure votre dispositif. L’agent qui se présente dans votre agence ne cherche pas un complice de blanchiment, il cherche des documents. Une classification des risques écrite. Des dossiers clients complets. Des preuves de formation. S’ils n’existent pas, votre bonne foi ne remplit aucune case du rapport.

On ne sanctionne pas votre intention. On sanctionne l’absence de trace.

Ce que vous risquez vraiment (et le chiffre qu’il faut arrêter de citer)

Un montant circule beaucoup dans la profession : 750 000 €. Il est exact, mais il ne désigne pas ce qu’on lui fait dire. Il faut distinguer deux régimes qui n’ont ni le même juge, ni le même déclencheur.

Les deux régimes à ne pas confondre

1. Le manquement professionnel — c’est celui que déclenche un contrôle DGCCRF. Vous n’avez pas blanchi quoi que ce soit : vous n’avez pas respecté vos obligations de vigilance. Le dossier part devant la Commission nationale des sanctions (CNS). Celle-ci peut prononcer un avertissement, un blâme, une interdiction temporaire d’exercer jusqu’à cinq ans, le retrait de la carte professionnelle, une sanction pécuniaire pouvant atteindre 5 millions d’euros (ou le double de l’avantage retiré du manquement), et la publication de la décision. C’est l’article L.561-40 du Code monétaire et financier.

2. L’infraction pénale — c’est le blanchiment lui-même, jugé au tribunal correctionnel. Cinq ans et 375 000 € d’amende, portés à dix ans et 750 000 € lorsqu’il est commis de façon habituelle ou « en utilisant les facilités que procure l’exercice d’une activité professionnelle ». Articles 324-1 et 324-2 du Code pénal. Voilà d’où vient le fameux chiffre : il sanctionne une participation, pas une négligence.

Retenez donc l’ordre de grandeur exact : le plafond qui vous concerne après un contrôle n’est pas 750 000 €, il est de 5 millions d’euros. Mais — et c’est là que le discours anxiogène se retourne contre lui-même — ce plafond n’est jamais atteint pour une agence. Les décisions réellement rendues contre des professionnels de l’immobilier se comptent en milliers d’euros, parfois quelques dizaines de milliers.

Ce qui coûte cher, ce n’est pas l’amende. C’est l’interdiction d’exercer, même brève, même avec sursis. Et c’est la publication nominative de la décision, consultable par vos clients, vos confrères et votre réseau. Une amende se paie. Une décision publiée reste.

Ce que la DGCCRF constate réellement dans les agences

Inutile de spéculer : la DGCCRF publie ses bilans. L’enquête menée dans le secteur immobilier — reconduite chaque année depuis 2020 — a porté sur 296 professionnels contrôlés et fait apparaître un taux d’anomalies supérieur à 60 %, équivalent à celui de l’année précédente. La phrase la plus instructive du bilan est ailleurs : aucun des professionnels contrôlés ne respectait la totalité des exigences.

Et l’administration prend soin de préciser que ces lacunes relèvent de la méconnaissance des obligations, non d’une volonté de s’y soustraire. Autrement dit : la bonne foi est la règle, et elle ne protège personne.

Les manquements les plus fréquemment relevés :

  • absence de dispositif d’évaluation et de gestion des risques ;
  • procédures internes trop générales, incomplètes ou mal appliquées — et absence de protocole interne écrit dans la quasi-totalité des agences en anomalie ;
  • défaut d’identification du client ou du bénéficiaire effectif, avec une méconnaissance large du registre des bénéficiaires effectifs ;
  • absence d’information formalisée sur la provenance des fonds, notamment en cas de paiement partiel au comptant ;
  • méconnaissance quasi générale du dispositif de gel des avoirs ;
  • défaut de formation des professionnels contrôlés à la LCB-FT.

Ce dernier point figurait déjà dans les constats de la DGCCRF avant qu’un texte ne vienne le durcir. C’est chose faite.

Depuis le 26 avril 2026, la formation se prouve

Le décret n° 2026-310 du 24 avril 2026 a créé l’article D.561-38-1-1 du Code monétaire et financier. Il est entré en vigueur le 26 avril 2026, sans période transitoire. Ce qu’il impose tient en quatre points :

  • former les personnes qui participent à la mise en œuvre des obligations LCB-FT — dès l’embauche, puis régulièrement ;
  • une formation portant sur les obligations, sur les sanctions encourues, et permettant d’identifier les opérations susceptibles d’être liées au blanchiment ;
  • un contenu et une fréquence adaptés à votre classification des risques et aux fonctions de chacun — ce qui exclut la formation générique identique pour tout le monde ;
  • la conservation de tous les documents relatifs à ces formations pendant la durée des fonctions, puis cinq ans après leur cessation, et leur mise à disposition des autorités de contrôle.

Ce dernier alinéa est le véritable changement. Jusque-là, on vous demandait d’être formé. Désormais, on vous demande de pouvoir le démontrer, collaborateur par collaborateur, cinq ans après son départ. Une attestation égarée devient un manquement.

La confusion à éviter

Vos 14 heures de formation continue loi ALUR ne valident pas mécaniquement cette obligation. Les deux dispositifs relèvent de textes distincts et d’autorités de contrôle distinctes. Une formation LCB-FT peut naturellement s’inscrire dans vos heures ALUR — mais encore faut-il que son contenu corresponde aux risques de votre agence et que vous en conserviez la preuve pour chaque personne concernée, négociateurs et agents commerciaux inclus.

Le contrôle arrive sans prévenir

En mars 2025, les enquêteurs du service national d’enquêtes de la DGCCRF et des directions départementales se sont présentés sans annonce pendant trois jours dans treize agences de Saint-Tropez et ses environs, pour vérifier les obligations de vigilance LCB-FT et le respect du dispositif de gel des avoirs. Le communiqué publié le 15 mai 2025 fait état de manquements graves et d’une méconnaissance préoccupante des obligations légales.

Une opération comparable avait visé seize agences des Alpes-Maritimes : plus de la moitié n’avait mis en place aucune mesure de vérification relative au gel des avoirs, alors même que leur activité y était particulièrement exposée. La DGCCRF a alors adressé elle-même cinq informations de soupçon à TRACFIN, en lieu et place des professionnels.

Ces opérations ciblent des zones à forte valeur. Mais l’enquête annuelle, elle, se déploie sur l’ensemble du territoire, et une agence de province n’a pas de dispositif différent à présenter.

Dix questions pour savoir où vous en êtes

Le test ci-dessous ne reprend pas une liste théorique : chaque point correspond à un manquement effectivement relevé par la DGCCRF lors de ses contrôles. Répondez par oui ou non, honnêtement — personne ne vous lit — puis ouvrez la réponse.

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Votre agence tiendrait-elle un contrôle LCB-FT ?

La règle du jeu : à chaque question, ne comptez « oui » que si vous pouvez sortir le document dans l’heure. « On le fait, mais ce n’est pas écrit » se compte comme un non.


01 — Votre classification des risques est-elle écrite, datée et propre à votre agence ?

Voir ce qui est attendu

Un document qui recense vos risques réels — type de clientèle, zone, part de comptant, clients non résidents, personnes morales — et les hiérarchise. Un modèle téléchargé non personnalisé est relevé comme « procédure trop générale », l’un des manquements les plus fréquents. C’est aussi ce document qui conditionne désormais le contenu de vos formations.

02 — Avez-vous un protocole interne écrit, appliqué par toute l’équipe ?

Voir ce qui est attendu

Qui contrôle quoi, à quel moment du dossier, et que fait-on en cas de doute. La DGCCRF relève l’absence de protocole interne écrit dans la quasi-totalité des agences en anomalie. Un protocole qui vit dans la tête du dirigeant n’existe pas au sens du contrôle.

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03 — Un salarié arrivé le mois dernier a-t-il été formé à la LCB-FT ?

Voir ce qui est attendu

Depuis le décret n° 2026-310, la formation est due dès l’embauche, sans délai de tolérance. Attendre la prochaine session collective de fin d’année n’est plus une option défendable.

04 — Vos négociateurs et agents commerciaux indépendants sont-ils formés, eux aussi ?

Voir ce qui est attendu

Le texte vise les personnes qui participent à la mise en œuvre des obligations. Celui qui collecte la pièce d’identité, vérifie un bénéficiaire effectif ou suit une transaction est concerné, quel que soit son statut. Une équipe formée à moitié est une équipe non conforme.

05 — Pourriez-vous prouver la formation d’un collaborateur parti il y a trois ans ?

Voir ce qui est attendu

C’est la question qui surprend le plus. Les documents doivent être conservés pendant toute la durée des fonctions, puis cinq ans après le départ. Programmes, attestations, feuilles d’émargement : un dossier par personne, archivé, y compris pour ceux qui ne sont plus là.

06 — Le contenu de vos formations est-il adapté aux fonctions de chacun ?

Voir ce qui est attendu

Le décret exige un contenu et une fréquence ajustés à votre classification des risques ainsi qu’aux fonctions, activités et niveaux hiérarchiques. L’assistante qui collecte les pièces et le dirigeant qui décide d’une déclaration de soupçon n’ont pas le même besoin.

07 — Identifiez-vous le bénéficiaire effectif quand le client est une société ?

Voir ce qui est attendu

SCI, SAS, holding : il faut remonter aux personnes physiques qui contrôlent réellement, consulter le registre des bénéficiaires effectifs et conserver les pièces. La méconnaissance de ce registre est relevée de façon récurrente par la DGCCRF.

08 — Interrogez-vous l’origine des fonds par écrit ?

Voir ce qui est attendu

Un questionnaire écrit sur la provenance des fonds et la situation professionnelle et financière du client, en particulier lorsqu’une part est payée au comptant. La conversation orale rassurante en rendez-vous ne laisse aucune trace dans le dossier.

09 — Avez-vous une procédure de gel des avoirs, et la consultez-vous ?

Voir ce qui est attendu

C’est le point le plus massivement ignoré de la profession : consultation du registre national des gels, procédure interne écrite, et signalement à la Direction générale du Trésor le cas échéant. Dans les Alpes-Maritimes, plus d’une agence contrôlée sur deux n’avait rien mis en place.

10 — Sauriez-vous où et comment déposer une déclaration de soupçon, aujourd’hui ?

Voir ce qui est attendu

La déclaration se fait auprès de TRACFIN, par voie dématérialisée via le téléservice dédié. Si vous découvrez la procédure le jour où le doute apparaît, vous ne déclarerez pas. C’est précisément ce que le défaut de formation produit.

Votre résultat

8 à 10 « oui » — Votre dispositif tient debout. Vérifiez surtout l’archivage des preuves de formation, c’est le point neuf de 2026.

4 à 7 « oui » — Vous êtes dans la moyenne des agences contrôlées, celle où l’on relève des anomalies. Vos pratiques sont probablement correctes ; c’est leur formalisation qui manque.

0 à 3 « oui » — Un contrôle donnerait lieu à un rapport d’intervention. Ce n’est pas une question de bonne foi : il manque le socle documentaire. Il se construit en une journée de travail structurée.

Questions fréquentes

Une agence sans salarié est-elle concernée ?

Oui. Les obligations de vigilance pèsent sur le professionnel assujetti, quelle que soit la taille de la structure. Un agent seul doit disposer de sa classification des risques, de ses procédures et de sa propre formation tracée.

À quelle fréquence faut-il renouveler la formation LCB-FT ?

Le décret n’impose pas d’intervalle chiffré : il exige une formation dès l’embauche puis « régulière », avec une fréquence adaptée aux risques et aux fonctions. En pratique, un rythme annuel ou biennal, documenté, constitue une position défendable devant un contrôleur.

Le contrôleur prévient-il de sa venue ?

Pas nécessairement. Les opérations ciblées sont menées de façon inopinée. C’est la raison pour laquelle un dispositif « à reconstituer si besoin » n’en est pas un.

Comment se former, et à quel coût ?

La LCB-FT fait partie des thématiques que j’anime, en intra-entreprise — format qui couvre toute l’équipe en une session et produit une traçabilité unique à archiver — comme dans les sessions loi ALUR. Ces heures sont finançables selon votre statut (AGEFICE, OPCO EP, AKTO, FIFPL).

Sources

Décret n° 2026-310 du 24 avril 2026 et article D.561-38-1-1 du Code monétaire et financier (Légifrance) · Article L.561-40 du Code monétaire et financier · Articles 324-1 et 324-2 du Code pénal · DGCCRF, « Lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme : focus sur les secteurs de l’immobilier, des domiciliataires d’entreprises et du luxe », publié le 8 avril 2024 · DGCCRF, communiqué de presse du 15 mai 2025 relatif aux contrôles dans l’immobilier de luxe.

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Caroline Ludwig

Formatrice en immobilier depuis 12 ans et professionnelle du terrain depuis 26 ans, Caroline Ludwig associe l’expertise juridique (loi ALUR, loi Hoguet, LCB-FT) et les neurosciences appliquées à la négociation. Elle dirige As de Caro Coaching, organisme de formation certifié Qualiopi basé en Alsace.

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